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26/09/2009 : L’Alsace - Nucléaire "L’impact est très difficile à évaluer"

Lors d’une journée de débats en présence d’élus, hier à Colmar, un bilan de la centrale de Fessenheim a été présenté par des experts antinucléaires.

« Il serait extrêmement souhaitable d’anticiper, de transformer la centrale de Fessenheim en laboratoire pilote pour développer les savoir-faire en termes de démantèlement et de traitements des sites nucléaires », a déclaré le sénateur Jacques Muller, en préambule d’une journée d’étude consacrée à l’avenir énergétique en Alsace, hier à Colmar. La plus ancienne centrale de France encore en activité s’apprêtant à subir sa troisième visite décennale, l’association Énergie Trois Frontières (AETF) proposait d’en faire un bilan, une tâche rendue ardue par « le manque de transparence » et des informations contradictoires.

Surcapacité nucléaire

La centrale de Fessenheim fonctionne aux deux tiers de sa capacité, a rappelé Antoine Bonduelle, expert scientifique en énergie et environnement. La différence entre l’énergie potentielle et celle réellement produite est supérieure à 12 TWh (terawattheure), soit l’équivalent de « 12 millions de fois 30 € jetés aux oiseaux ». « La clé du mystère ? Il y a deux fois trop de réacteurs en France ».

Compte tenu de la surcapacité d’un parc conçu en 1974 et en raison d’une stagnation de la demande, l’électricité est « vendue à vil prix. L’Italie et le Royaume-Uni en ont énormément profité ».

En outre, la marche des centrales est « modulée », la mise en chargement étant décalée pour réaliser des économies, ce qui augmente les risques de pannes (10 % en France). « Le bilan économique est très négatif si l’on tient compte de l’investissement complet ». Enfin, conformément à une directive du paquet « énergie-climat » de décembre, 23 % de la consommation d’énergie devra être renouvelable, ce qui pourrait faire chuter de moitié la demande électrique.

Risques à évaluer

En juillet 2008, EDF a annoncé 10 M€ de travaux pour « restaurer les marges de protection sismiques » de l’installation de Fessenheim, tandis que pour l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), ces dépenses nécessaires devraient s’élever à 200 M € pour chacune des deux tranches, a détaillé Christophe Zander, de l’AETF. L’ Association trinationale de protection nucléaire (TRAS-ATPN) a conclu à « une sous- évaluation de l’aléa sismique » . Située sous le niveau du grand canal d’Alsace dans une zone d’activité sismique, l a centrale a été construite pour résister à un tremblement de terre deux fois supérieur à celui de Bâle en 1356, dont la magnitude (6,6 sur l’échelle de Richter) a été réévaluée à la hausse par des spécialistes allemands et suisses. « Un risque de séisme local et plus faible n’est pas pris en compte. EDF renvoie à une nouvelle étude de sûreté… en vue de la 4 e visite décennale en 2019 ». Et d’en conclure à « l’impossibilité de conclure ». Démonstration similaire pour le risque d’inondation en cas de rupture de la digue du canal. « EDF ne raisonne pas en fonction de ce qui est souhaitable, mais de ce qui est économique faisable ». La question de la rentabilité financière étant, par ailleurs, considérée comme un « secret commercial ». Mesures insuffisantes

« Toute centrale rejette des éléments radioactifs dans l’environnement », a expliqué Jean-Marie Brom, au nom de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité). Les limites, posées par un arrêté préfectoral de 1977, n’ont jamais pris en compte l‘évolution des connaissances scientifiques, technologiques et statistiques. « La loi française est une des moins contraignantes en la matière. Il est normal que les rejets soient largement inférieurs aux valeurs autorisées ».

Les mesures de radioactivité dans l’air, l’eau et l’environnement « sont insuffisantes car globales », alors que les risques diffèrent selon les éléments, ou trop éloignées dans le temps, a-t-il ajouté, avant de relever des « incohérences dans les échantillonnages ».

Quant à la définition même de déchets radioactifs, elle dépend de la réglementation. « Il est extrêmement difficile d’évaluer l’impact réel de la centrale sur la santé et l’environnement. Il y a un défaut de méthode et de transparence. Si elle s’arrêtait, on pourrait prendre le temps de comprendre ».

Catherine Chenciner


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